
La ceinture de Kuiper
Avant 1930, les astronomes ayant calculé des incohérences dans les orbites d’Uranus et Neptune, cherchaient à expliquer l’origine de ces perturbations gravitationnelles. C’est ainsi qu’en 1930, Pluton fut observée pour la première fois. Cependant, la joie fut de courte durée car sa petite taille et sa faible masse ne suffisaient définitivement pas à résoudre le problème.
On se mit alors à chercher une dixième planète, nommée énigmatiquement « Planète X », pour expliquer le manque de masse nécessaire à ces perturbations orbitales. Suivirent vingt années de recherches et de calculs, qui aboutirent en 1951 à la théorie de Gerard Kuiper, planétologue américano-hollandais. Théorie qui disait que, lors de la condensation du disque d’accrétion fait de gaz et de poussières (de la nébuleuse primitive), des fragments glacés auraient pu se maintenir au-delà de Neptune, formant une immense ceinture – théorie qui avait en outre l’avantage de trouver une réponse claire à l’origine des comètes périodiques (ou à courte période, c'est-à-dire ayant un cycle inférieur à 200 ans). Pour résumer, les parties intérieures du disque se seraient condensées sous forme de planètes, et le bord extérieur, plus diffus, aurait produit un très grand nombre de petits objets.
Ce n’est que 40 ans plus tard, en 1992, qu’on découvrit enfin par observation un corps céleste, nommé 1992 QB1, situé au-delà des orbites de Pluton et Neptune (en orbite quasi circulaire à environ 50UA du Soleil). Les années qui suivirent virent la découverte de centaines de ces autres corps. La théorie de la ceinture était donc validée, et on décida de l’appeler ceinture de Kuiper.
Pourtant, en 1943 et 1949, les mêmes arguments que Kuiper avaient été publiés par Kenneth E. Edgeworth, écrivain irlandais et astronome amateur. Ceci pour expliquer que la ceinture est parfois aussi appelée ceinture d’Edgeworth-Kuiper, en reconnaissance à sa contribution.
En 1950, en parallèle des travaux de Kuiper, Jan Oort démontrait qu’un réservoir de comètes à longue période bien plus loin et bien plus fourni existait à une distance si loin que l’influence du Soleil y est minime. Si minime que le passage d’une étoile proche suffirait à perturber ces corps glacés et à les projeter vers l’intérieur, ce qui alimenterait la ceinture de Kuiper. Cet énorme réservoir à comète s’appelle le nuage de Oort, nous développerons ses caractéristiques dans le chapitre suivant.
Cette découverte de la ceinture de Kuiper a sans aucun doute sonné le glas de la recherche le la planète X, censée orbiter derrière Pluton (même si Sedna est venue semer le doute pendant un certain temps). En effet, la présence de la ceinture explique à elle seule les anomalies orbitales de Neptune et Uranus (notamment l’inclinaison orbitale d’Uranus). D’ailleurs on a déduit qu’un de ces objets trans-neptuniens serait entré en collision avec Uranus, ce qui l’aurait fait basculer jusqu’à modifier son axe de rotation… On pense également que Triton (satellite de Neptune) serait un ancien gros objet de la ceinture, lui aussi percuté, ce qui expliquerait sa rotation rétrograde. De plus, Pluton et Charon gravitent sur une orbite assez excentrique, qui ne s’accorde pas à la théorie d’une formation ordinaire à partir du disque proto-solaire. Il est vrai que ces deux corps n’ont pas une constitution type des planètes joviennes (gazeuses) ou telluriques. Tout porte à croire que Neptune est la en réalité la dernière planète du système solaire. Autre argument, Triton, Pluton et Charon, ainsi que Sedna ont une densité similaire et leur caractéristiques sont de même nature (même atmosphère de méthane et surface de roches et méthane gelé). On peut alors aisément conclure que tous ces objets ont été formés à l’extérieur du système solaire, plutôt dans la ceinture de Kuiper qu’au voisinage de Neptune.
Tous les chercheurs ne se résolvent néanmoins pas à abandonner l’idée d’une dixième planète. Sur les traces de Lowell, Tom Van Flandern et Bob Harrington (décédé en 1993) ont notamment démontré que les perturbations du mouvement de Neptune pouvaient trouver une explication dans l’existence d’une planète ayant entre deux et cinq fois la masse de la Terre, et étant située entre 50 et 100UA.
Cette théorie est bien entendue rejetée par l’écrasante majorité des scientifiques depuis les découvertes objets de la ceinture, tels que 2001 KX76, 1992 QB1, 1993 FW, etc …
Aujourd’hui, l’existence de cette ceinture de Kuiper fait l’unanimité, cependant il est étonnant qu’on n’arrive pas à découvrir plus d’objets que ceux déjà répertoriés… Cela s’explique probablement par le fait que les orbites de ces corps glacés sont très instables, du fait des influences gravitationnelles de Neptune, ce qui compliquerait fortement les calculs qui permettraient de les repérer et plus simplement les observations.
Actuellement, les deux sondes Pioneer10 et Voyager1 sont aux confins du système solaire, à 70UA, et voyagent à la vitesse de 2.6UA par an. Ces deux sondes émettront pendant encore quelques années des signaux radioélectriques… Dans le cas où ces signaux seraient infiniment décalés, ce serait la preuve qu’il existe là-bas des corps inconnus qui orbitent autour du Soleil, de quelque importance gravitationnelle que ce soit. Le problème, c’est que nous ne savons pas quelle est la chance pour ces sondes de rencontrer l’un de ces objets, dans toute l’immensité de l’espace.
La découverte d’un nombre maximum de ces corps gelés serait précieuse pour notre compréhension de la formation de notre système solaire, en effet il est fort probable que les objets de la ceinture de Kuiper sont des « restes » primitifs des phases précoces d’accrétion du système. Notamment les plus gros corps qui ont subi très peu de modifications depuis leur formation et qui révèlent donc la composition du système solaire primitif. On pense que la partie extérieure du disque était moins dense en gaz et poussières et l’accrétion de ces « grumeaux » de matière aurait été bien plus lente que la formation des planètes, situées plus près du Soleil, dans un environnement bien plus riche et dense. On est estime à 70 000 le nombre de ces objets dits « trans-neptuniens » qui dépassent les 100km de diamètre, situés entre 30UA (orbite de Neptune) et 50UA. Nous avons vu, dans le chapitre concernant la découverte de Sedna, que la frontière entre planète et astéroïde devenait de plus en plus floue : d’où l’invention du mot planétoïde, compromis entre les deux. La confusion est telle que Pluton (et son compagnon Charon) a (scientifiquement parlant, mais non officiellement) perdu son statut de planète pour « objet de la ceinture de Kuiper ». Il est vrai que si nous devions attribuer le titre de planète à chaque corps de plus d’un kilomètre de diamètre découvert dans la ceinture, le système solaire présenterait alors probablement un cortège de plusieurs dizaines, voire centaines de planètes !!
Suite aux diverses observations, on a constaté une nette diminution d’objets au-delà de 47UA. Cela semble indiquer que la ceinture de Kuiper se termine vers 50UA. Depuis la découverte de Sedna, on pense pourtant qu’il existe quelques corps qui voyagent entre la ceinture et le si lointain nuage de Oort …
Il est très difficile d’étudier la composition d’objets si éloignés. Néanmoins, plusieurs analyses spectroscopiques ont pu être effectuées. Il en ressort des similitudes avec les corps comme Pluton, Charon et Triton : en effet certains objets semblent recouverts de méthane et autres hydrocarbures légers (1993 SC), d’autres semblent plutôt posséder de la glace d’eau à la surface (1996 TO66).
Les objets de la ceinture de Kuiper sont notés KBO (Kuiper Belt Objects).
On sait que c’est Neptune qui attire et précipite les comètes et les astéroïdes vers l’intérieur du système solaire, certaines passent à côté de la Terre et tournent autour du Soleil, mais d’autres restent coincées entre Jupiter et Neptune. On pense notamment qu’un groupe d’astéroïdes appelés les Centaures sont originaires de cette ceinture. L’un d’eux, Chiron, est d’ailleurs une comète active. Pour information, il faut savoir que la durée de vie d’une comète est très limitée, elle perd en effet une partie de sa masse à chaque cycle … Par exemple, la comète de Halley consomme un dix millième de sa masse à chaque révolution autour du Soleil, sa durée de vie est donc de 500 000 ans. Nous approfondirons les caractéristiques propres aux comètes dans le chapitre suivant, concernant le nuage de Oort…
À partir de 1992, les astronomes ont pris conscience de la présence d'une vaste population de petits corps en orbite autour du Soleil au delà de Neptune. Il y a au moins 70 000 "transneptuniens" avec des diamètres supérieurs à 100 km entre l'orbite de Neptune (à 30 UA) et 50 UA. Les observations montrent que les transneptuniens sont principalement confinés dans une bande épaisse de part et d'autre de l'écliptique, faisant prendre conscience qu'ils occupent un anneau autour du Soleil. Cet anneau est généralement appelé Ceinture de Kuiper.
La Ceinture de Kuiper a son importance pour l'étude du système planétaire à au moins deux niveaux. Premièrement, il est probable que les objets de la Ceinture de Kuiper sont des restes extrèmement primitif des phases précoces d'accrétion du Système solaire. Les parties denses et intérieurs du disque pré-planétaire se sont condensées sous la forme des planètes principales, probablement entre quelques millions et quelques dizaines de millions d'années. Les parties extérieures étaient moins denses, et l'accrétion a progressé plus lentement. De toute évidence, un grand nombre de petits objets se sont formés. Deuxièmement, on pense généralement que la Ceinture de Kuiper est la source des comètes à courte période. Elle agit comme un réservoir pour ces corps comme le fait le Nuage de Oort pour les comètes à longue période.
Ce n'est pas la dixième planète, mais l'astéroïde le plus gros jamais mesuré à ce jour : Varuna, 900 km de diamètre, a été découvert près de Pluton, dans la ceinture de Kuiper, le principal réservoir d'astéroïdes et de comètes du système solaire. Certes, Varuna est bien plus petit que la plus menue de nos planètes, Pluton (2400 km de diamètre). Toutefois, selon David Jewitt, de l'institut d'astronomie d'Hawaii, qui vient de mesurer sa taille, il existe peut-être dans cette région des corps semblables, voire plus gros que Pluton. A quand un système solaire à dix, douze ou quinze planètes ? "pas si vite", répondent les astronomes pour qui Pluton ne mérite même pas le statut de planète. Une chose est sûre : les frontières du cortège planétaire deviennent de plus en plus floues.
La pêche au gros est ouverte dans la Ceinture de Kuiper. Un planétoïde encore plus grand que Varuna a été découvert à 6,4 milliards de kilomètres du Soleil, dans le cadre du Deep Elliptic Survey de la Nasa. La taille de cet objet, baptisé 2001 KX76, surpasserait les 1200 km de Charon, la lune de Pluton. Ce qui en ferait le plus gros objet transneptunien connu à ce jour (excepté, bien sûr, le cas particulier de Pluton). L'observation de son rayonnement thermique en radio permettra de préciser son albédo, donc sa taille. Les chercheurs se réjouissent à l'idée de trouver de tels poids lourds en orbite autour du Soleil, comme l'explique Emmanuel Lellouch, de l'observatoire de Paris : "Ces objets, contrairement aux petits corps, ont subi peu de modifications depuis leur formation. Ils révèlent donc la composition du Système solaire primitif". À quand un planétoïde plus gros que Pluton ?
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