Société - Religions
Préservatif, avortement, abstinence ? Doit-on choisir entre foi et liberté?

Préservatif, avortement, abstinence ? Faut-il choisir entre foi ou liberté ?
La foi et la liberté convergent quand elles deviennent cohérentes.
Sylvain Battisti
La question débattue entre les croyants de l’Eglise catholique et les partisans du libéralisme est-elle vraiment pour ou contre le préservatif et l’avortement ? Les deux camps sont sensibles à la souffrance d’autrui et veulent la soulager. Où se trouve la différence essentielle entre les deux opinions ?
Le désir de s’accoupler est-il acceptable ? Bien sûr, comme tout désir il faut bien le prendre en considération. Existe-t-il une manière plus cohérente de l’exprimer ? Le pape qui propose l’abstinence et le libéral qui propose l’usage du préservatif ne prennent pas en compte le fait que pour procréer il faut bien ne pas s’abstenir et ne pas utiliser le préservatif. Faire confiance au partenaire est nécessaire à un moment donné. La confiance, qui ne se donne pas mais que l’on gagne, ne peut être acquise que par l’évaluation objective ou par l’éducation. On peut s’assurer que le partenaire est sain en le faisant vérifier médicalement et en le rendant responsable légalement, mais on peut aussi faire confiance au partenaire que l’on connaît. Le choix existe. Si la personne choisit un partenaire sexuel sans savoir qu’il est sain ou en sachant qu’il est séropositif elle doit utiliser un préservatif, pour éviter de réduire ses espaces de liberté à cause de la maladie et éviter d’imposer à la société de la prendre en charge. La société doit informer les gens que cette possibilité existe, et le pape peut les informer que l’Eglise préfère l’abstinence.
Mais le pape, qui critique l’usage du préservatif de manière générale, tend à nier la responsabilité et la liberté fondamentales de l’individu de faire un choix. L’affirmation du pape que le préservatif est moins efficace que la morale religieuse ne prend pas en compte la force de l’envie de l’individu. En s’opposant à l’avortement Il ne prend pas en compte que l’individu doit d’abord vivre pour espérer survivre. Les femmes avortent même si cela leur est interdit, parce qu’il s’agit de leur vie et de leurs souffrances, il s’agit de leur liberté dont elles assument les conséquences.
L’opinion libérale se soucie de la liberté présente, mais elle ne dit rien sur la manière d’accroître la liberté future. Il manque à la doctrine libérale le concept indispensable d’éducation des partenaires. La liberté de se comporter de manière incohérente conduit systématiquement à la contrainte. Elle est donc insensée. Comment l’envie de liberté des parents prend-elle en compte les contraintes et les souffrances des enfants, lors de leur séparation ? La doctrine libérale suppose que l’expérience quotidienne éduque obligatoirement les hommes mais néglige le fait qu’une éducation préventive sur l’essentiel peut être moins douloureuse et plus efficace.
La seule liberté sensée est la liberté cohérente construite par tous les partenaires éduqués dans ce sens. Les hommes doivent être éduqués pour savoir choisir le comportement qui les conduit à la plus grande liberté, ils doivent être éduqués à la cohérence. L’éducation à la cohérence conduit chaque enfant dès son plus jeune âge à apprendre à accroître le nombre d’états accessibles de ses espaces de relation sans diminuer celui de ses partenaires. L’espace familial, central pour l’Eglise, est construit par les parents soucieux de créer des états accessibles pour tous. Il est détruit quand chacun se contente de satisfaire son envie au plus vite sans prendre en considération ses partenaires, comme dans tout autre espace de relation. Ce qui compte ce n’est ni le dogme ni l’envie immédiate personnelle, c’est l’évolution de l’espace de liberté de la personne dans son milieu qui dépend de son envie et de son éducation.
La position de l’Eglise a du sens à condition de ne pas négliger l’envie de l’individu. La position du libéralisme a du sens à condition de ne pas négliger l’éducation de l’individu. Le libéralisme et la religion peuvent s’accorder grâce au critère de cohérence. Dans l’espace de relation chacun doit adapter son comportement à la situation pour accroître le nombre d’états accessibles par tous les partenaires. Dans certaines situations il faut utiliser le préservatif dans d’autres non, dans certaines situations il faut avorter dans d’autres non. En fin de compte la décision appartient à l’individu. Si Dieu a créé les êtres de ce monde et que chaque être est responsable de ce qu’il fait, cela suppose que chaque être est libre de faire les choix dont il doit assumer les conséquences, mais aussi qu’il existe une évaluation universelle de ces choix. Chacun de nous sait par expérience que toute attitude incohérente est préjudiciable. C’est donc qu’il n’existe pas de contradiction fondamentale entre la foi et le libéralisme, à condition que dans le monde réel vécu, l’une et l’autre se soumettent au critère de cohérence.
Consulter : Dans le labyrinthe de la cohérence, S.Battisti, éditions Thot.




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Préservatif, avortement, abstinence ? Doit-on choisir entre foi et liberté? (Société - Religions)    -    Auteur : sylvain - Suisse


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